1626 - 2026 : Le Museum National d'Histoire Naturelle fête ses 400 ans. Artistes au Museum : l'Exposition phare de la rentrée
"Émerveiller pour instruire", c'est la devise du Muséum National d'Histoire Naturelle. Et l'exposition Artistes au Muséum en est une illustration magnifique.
Cette exposition, qui se tient à la Grande Galerie de l’Évolution, m'a séduite dès l'affiche qui est superbe (vous aussi ?). Puis à la visite, infiniment captivante, j'ai été passionnée par la richesse des correspondances qu'elle révèle de cette alliance ancienne entre la main de l'artiste, l'oeil du scientifique et la beauté du vivant. Cette exposition est riche, bouleversante, splendide.
Le Muséum a ouvert ses collections et sélectionné 300 oeuvres d'art et plus de 120 artiste. Ici on comprend comment art et science se répondent, depuis la fondation de l'institution jusqu'à nos jours. Je vous donne un petit aperçu de ce que vous pourrez découvrir à votre tour...
A travers ses différentes salles, l'exposition illustre le dialogue entre la science et l'art
- Les deux vont de pair sur le chemin de la connaissance
- On y voit comment les artistes ont contribué à la construction des sciences naturelles, et encore maintenant accompagnent la science en la nourrissant
- La résonance est vibrante, la scénographie splendide, l'éventail des oeuvres d'une grande diversité
Introduction immersive
- L'accueil de l'exposition, qui se tient au sous sol de la grande galerie de l'évolution, nous plonge d'emblée dans l'ambiance et le questionnement. La lumière est feutrée et un fond sonore immersif évoque une jungle luxuriante
- Notre regard s'habitue puis nous découvrons un impressionnant groupe naturalisé d'une lionne et d'un oryx gazelle de Jules Terrier et Louis Quentin, qui date de 1895. Un grand travail de taxidermie artistique qui flirte avec la sculpture. Puis on comprend qu'il s'agit en fait un triptyque, le même sujet a inspiré des artistes d'époques différentes et les oeuvres se répondent : on peut voir en format géant la reproduction de la toile "Le lion, ayant faim, se jette sur l'antilope" du peintre Henri Rousseau, qui venait s'inspirer au Muséum pour peindre des représentations très exotiques de la jungle sans avoir jamais quitté Paris. Et une version dessinée de Jurg Kreienbühl qui un siècle plus tard reprend la même scène différemment...
- Le vivant devient ici à la fois objet d’étude, source d’inspiration et matière artistique.
Qui sont les artistes au Muséum ?
- Dans la première partie de l'exposition, on suit les explorateurs qui partent en expédition et consignent leurs observations.
- Lorsqu'ils possèdent des compétences en dessin ils illustrent eux-mêmes leurs découvertes. Car la justesse des descriptions est capitale dans les publications scientifiques. Dessiner leur permet aussi d'affiner leurs capacités d'observation
- Mais très vite les découvreurs s'adjoignent aussi les compétences des artistes dont la rigueur du trait égale celle des scientifiques. Ils sont chargés de documenter les territoires explorés, les espèces découvertes et la vie quotidienne des missions. Ce sont eux qui illustrent les récits avant l'apparition de la photographie
- Artistes et savants travaillent en étroite collaboration, sur le terrain comme dans les ateliers. Les naturalistes guident le regard des illustrateurs, qui eux mêmes traduisent les découvertes en images fidèles et sensibles
- Peintres, dessinateurs, sculpteurs, taxidermistes, puis photographes ou cinéastes, les artistes sont de vrais observateurs, expérimentateurs, et dans ces cas de véritables auxiliaires de la connaissance.
- Parce que le Muséum offre tellement à voir, il est également pour les artistes un territoire exceptionnel où ils exercent leur regard et trouvent l'inspiration
- C'est le cas par exemple de Gustave Moreau lorsqu'il peint Galatée (vers 1880)
- Pour réaliser cette toile inspirée de la fable d'Ovide qui représente Galatée ("celle dont la peau est aussi blanche que le lait") nichée dans sa grotte sous-marine, l'artiste imagine un monde marin foisonnant et des jeux de contraste entre la délicatesse de la nymphe et son univers marin versus le monstre sombre et inquiétant qui vient la visiter.
- Galathée est baignée de délicatesse et de beauté fragile. Et c'est au Muséum que Gustave Moreau est venu étudier minutieusement les coraux, les gorgones et tout l'univers aquatique des aquariums et des livres pour s'inspirer avec beaucoup de précision.
- Lorsqu'on s'approche du tableau pour l'étudier en détail on réalise combien le peintre a voulu méticuleusement exprimer la richesse de ces curiosité qui étaient encore mal connues à l'époque, qui contribuent à l'atmosphère surnaturelle et onirique
- Il faut s'approcher très précisément et scruter les détails autour de la nymphe pour comprendre le soucis de précision du peintre. Par exemple la méduse n'est visible en haut à droite que si on la cherche, mais lorsqu'on la reconnaît on apprécie toute sa subtilité et son élégance
- Et c'est le même émerveillement pour les coraux, dans la parure des cheveux de la divinité marine ou au bas de la grotte. Science et poésie se mêlent dans une orchestration foisonnante
L'art nourri de science
- Il n'est pas nécessaire d'être biologiste ou de participer à une expédition scientifique pour rechercher l'exactitude naturaliste.
- Eugène Delacroix et son ami Antoine-Louis Barye venaient au Muséum lorsqu'un lion mourrait, pour l'examiner le plus précisément possible et restituer dans leurs oeuvres la morphologie féline
Dessiner, observer, transmettre
- Depuis la Révolution française, des artistes renommés comme Gérard van Spaendonck, Pierre Redouté ou Emmanuel Fremiet transmettent au Muséum l'art du dessin.
- J'ai trouvé émouvant de pouvoir se plonger dans les registres des cours et d'identifier parmi les mentions Marie Laurencin, Henri Matisse ou Auguste Rodin
Redouté
- Pierre-Joseph Redouté (1759-1840), "le Raphaël des fleurs", est un des plus célèbres peintres naturalistes, qui demeure encore aujourd'hui une référence majeure des artistes du Muséum.
- Il y a tenu le poste de Maître de dessin botanique en 1823 après avoir été le dessinateur du cabinet de Marie-Antoinette et l'artiste botaniste de l'impératrice Joséphine. Le jour de sa mort il aurait encore esquissé une fleur cueillie la veille au Muséum.
- Il incarne parfaitement cette frontière féconde entre art, observation et connaissance botanique
A suivre...
- Dans un prochain post je vous parlerai des Vélins, de la couleur, de la fabrique de l'image scientifique, de la "vraie galerie d'art", il sera question de Pompon, de Bernard Buffet et d'autres artistes au Muséum
- L'exposition est infiniment belle et dense !
Artistes au Muséum
- Du 23 septembre 2026 au 7 mars 2027
- Grande Galerie de l'Evolution, Jardin des Plantes de Paris 36 rue Geoffroy Saint-Hilaire, 75005 Paris
Récap
- Part 1 - Le fleurissement d'été au Jardin des Plantes, click
- Part 2 - De la "Gastronomie des simples" à l'Ethnobotanique et à la conservation du végétal, click
- Part 3 - L'Ecole de Botanique, click
- Part 4 - Un exemple de résilience avec le Cerisier Shirotae, à venir
- Part 5 - Les trésors du Jardin, livre à découvrir, à venir
- Part 6 - Artistes au Museum : l'Exposition phare de la rentrée, opus 1 click
- Part 7 - Artistes au Museum : l'Exposition phare de la rentrée, opus 2, à venir
Et vous, êtes vous, vous aussi, fans du Jardin des Plantes du Muséum national d'Histoire Naturelle ?
Vous aimez l'esprit de Grelinettes et Cassolettes ?
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